Viens, Seigneur Jésus !roi

L’année liturgique s’achève sur la solennité du Christ Roi. Attribut paradoxal que cette couronne royale pour celui qui, comme le faisait remarquer l’abbé Lutz dans son homélie, nous invitait le dimanche précédent à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », inspirant ce que les siècles futurs interpréteront comme le fondement de la distinction (avant qu’elle ne devienne séparation…) entre le politique et le religieux. Ce n’est donc pas un hasard si le Christ laisse dans l’évangile à des hommes le soin d’annoncer lui-même cette royauté qui est la sienne, de l’Epiphanie à la Croix : «  Où est le roi des Juifs, qui vient de naître ? » (Mt II 2), « C’est toi qui dis que je suis roi, ma royauté n’est pas de ce monde… » (Jn XVIII 37), « Salut, roi des Juifs ! » (Mc XV 18). La royauté d’abord brocardée dans la parabole des arbres qui veulent se donner un roi (Juges IX 6-15) va devenir, notamment avec les figures de Salomon et de David, symbole de puissance mais aussi de service. Dieu a du finalement se servir de nos mots et de nos références humaines pour exprimer quelque chose de ce qu’il est en lui-même, montrant ainsi – et à combien de reprises ne l’a-t-il pas fait ? – qu’il s’adapte à l’homme comme un père ou une mère utilise les mots de son enfant pour mieux se faire comprendre et le conduire à une connaissance supérieure. Analogiquement l’allusion royale dit la toute-puissance de Dieu. Celle-ci a été remise en cause, nous faisait encore remarquer l’abbé Lutz, par les penseurs juifs ou les théologiens de l’après Shoa, mais les évènements du monde peuvent interroger notre foi, non contredire une des premières affirmations de notre Credo : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant ».

 

A l’allégorie politique l’Ecriture préfère de loin celle de l’autorité paternelle dont l’expression humaine, quoiqu’elle aussi parfois détournée, est moins suspecte de dérive totalitaire.

Alors dans un monde qui a évacué Dieu et ne cesse de crier : « Nous n’avons d’autre roi que César ! » (Jn XIX 15), où le despotisme étatique est à la mode (qu’on considère le nombre de dictateurs de tout poil qui fleurissent sur la planète ou même les dévoiements des régimes dits démocratiques), les chrétiens ne cessent d’appeler de leurs vœux la royauté du Christ : « Viens Seigneur Jésus ! » Ce cri qui achève, au terme de l’Apocalypse, l’immense travail de Révélation traduit la tension de toute l’histoire vers son achèvement, l’aspiration des fils de Dieu à connaître la liberté promise « C'est pour la liberté que le Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. » (Gal V 1) « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Elle a gardé l’espérance d’être libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » (Rom VIII 19-22) Et cette liberté intérieure, fruit du détachement d'avec le péché et de la décision de suivre le Christ, n'est pas que spirituelle : elle impacte notre être dans toutes ses dimensions, elle donne à la société même une respiration qui ne peut lui venir que d’en-haut.